Jour 6

Samedi 23 février
Je n’ai pas dormi de la nuit. Trop d’émotions dans une seule journée. Impossible. Mon cœur est trop plein. Ma tête ne peut arrêter de revivre tout ce qui s’est passé. Les chansons jouent en boucle dans ma tête. Peter est trop incroyable. Qui l’a mis sur notre chemin? Comment arrivons-nous à vivre des moments aussi intenses sans les avoir planifiés d’avance? Pourquoi Peter nous ressemble autant? Même humour, même énergie. Il s’entend bien autant avec nos deux filles qu’avec nous. La vie est parfaite des fois!

Le soleil se lève sur la casa et peinture le ciel de tous couleurs, comme il nous l’a laissé hier soir!

J’ai peut-être dormi 60 minutes, pas plus. Je n’arrêtais pas de penser. Je suis fatiguée, mais comblée.  Tant qu’à pousser les moments magiques, pour déjeuner, les gens installent la table à l’extérieur du refuge, sur le bord de la falaise. Nous prenons notre meilleur déjeuner depuis le début : œufs brouillés avec légumes, pain style pâte à pizza sortant tout droit du four, miel éthiopien maison avec un thé ou un café. C’est un régal!

Avant de partir du Québec, nous avions imprimé 2 photos de famille dans le but de les donner aux 2 personnes qui nous toucheraient le plus pendant notre voyage. Il n’y a pas de doute que Peter en mérite une. Je lui écris un mot de remerciement à l’endos. Nous avons également apporté un petit haut-parleur bluetooth en nous disant la même chose. C’est à l’unanimité que nous décidons de lui remettre : il aime la musique et son cellulaire est bluetooth. Nous lui donnons ce cadeau en lui disant qu’il est une personne très spéciale et qu’il nous a beaucoup touchés. C’est tout en émotion que nous lui remettons. Il regarde ça et n’en croit pas ses yeux. Il nous avoue qu’il n’en a vu que dans les films américains. Il le prend avec beaucoup d’amour et nous sert tour à tour dans ses bras. Difficile de retenir nos larmes.

Avant de redescendre, nous remettons un pourboire aux 4 personnes de l’endroit qui ont rendu cette aventure encore plus merveilleuse. Ils sont contents et nous disent au revoir. Charlie et Abraham reviennent avec les ânes. Toujours en veston, toujours souriant. Peter et moi rions en pensant qu’il s’habille tous les jours ainsi en espérant croiser un mariage et être toujours prêt à faire la fête!! Il lui explique notre blague et Charlie sourit, probablement en accord avec nous.

En attendant que nous fermions les sacs, Peter et les filles jouent au volley-ball. Cela consiste à se faire des passes avec un ballon invisible et à attaquer. Les trois ont du plaisir, c’est ce qui compte! Ahahah!

Une fois les sacs déposés dans les paniers sur les ânes, nous pouvons partir vers une nouvelle direction. Un dernier regard en arrière. Toute bonne chose doit avoir une fin. Adieu site magnifique!


La température est parfaite, environ 24C. Il y a toujours un petit vent pour nous empêcher de mourir au soleil. Quelques nuages pour nous faire de l’ombre de temps en temps. La descente se fait bien, les roches sont adhérentes.

Nous arrivons dans une clairière où nous avons une vue sur le plateau de notre casa d’hier.  Sur le fond de la rivière, il y a un puis où les gens du village viennent receuillir leur eau.  Il y une jeune fille qui puisse l’eau et Audrey décide de lui donner un coup de main!

Nous avions apporté des toutous pour donner, alors Peter nous arrête dans une maison pour en faire le don. Cogne, cogne! Nous entrons. La maison est autant pour les animaux que pour la famille. Toujours spécial. Il y a bien une division pour le dodo, mais reste que l’enceinte intérieure est parsemée de foin, de petits cacas et de mouches.

Les gens sont très accueillants et voudraient nous offrir du café, mais comme nous savons maintenant que c’est un peu long, nous les remercions en leur disant que nous manquons de temps. Charlie est toujours découragé quand on nous propose le café, car il sait que c’est interminable. Il me prend le bras en feignant de nous sauver ensemble de cette situation. Il me fait rire et il pense tellement comme moi!

Une maman allaite son enfant pendant que nous lui parlons. Nous constatons que le sein est très amovible, car l’enfant en fait un peu ce qu’il veut. Nous donnons deux toutous ici : une maman Léopard et son bébé; c’est drôle de voir la réaction des enfants. Comme ils n’ont jamais vu un toutou et que c’est un animal dangereux de la région, ils ont un peu peur. Celui qui se fait allaiter ne veut rien savoir. Et même quand la peluche lui touche la jambe, il n’aime pas ça. Le plus vieux des trois voudraient bien lui aussi recevoir quelque chose, mais nous n’avons que des jouets de bébé. Nous lui donnons un bonbon à l’érable, même si cela n’est probablement pas ce qu’il aurait souhaité.

Nous allons dans une autre maison, un peu plus grande cette fois-ci. Il ne nous reste que 4 jouets à donner. Le problème est que notre arrivée attire le voisinage et que le nombre d’enfants augmentent malgré nous. Je dis à Peter que nous n’avons que 4 items à donner et que nous ne voulons pas provoquer de chicane. Finalement, nous n’avons pas le choix, nous sortons poupée, pouliche, marionnette et petit téléphone jouet. Cela se passe très bien et nous réussissons à nous en sortir.

La femme de la maison voudrait bien qu’on prenne du temps pour un petit café et elle nous offre du pain injera. Nous feignons que nous avons le ventre plein, car du injera sans accompagnement ne nous tente vraiment pas. Steve décide de se sacrifier pour la famille, mais le goût est pire que pire. Il doit garder le morceau dans sa bouche et trouver un endroit pour cracher. Il réussit à s’en débarrasser mais en garde un mauvais goût dans la bouche et une mauvaise expérience.

Nous quittons les lieux et nous voyons un agneau. Sophie veut absolument le prendre dans ses bras. Elle tente de l’attraper, mais celui-ci lui glisse entre les mains. Les enfants de la maison viennent à la rescousse et eux aussi veulent l’attraper. Finalement, c’est Sophie qui réussit à l’attraper. Elle le caresse tendrement et ceci fait sa journée!

Nous déposons l’animal et reprenons notre marche. En regardant en arrière, nous voyons les enfants jouer avec leurs toutous. Ils sont tous heureux et ont un immense sourire.

Durant nos deux jours de randonnées, aucun enfant ne nous a demandé de l’argent ou des crayons. Ils ne sont pas encore habitués au tourisme de masse. C’est vraiment plaisant, car ce n’est pas le cas dans les autres villes ou villages où tu es harcelé tout le temps.

Nous arrivons finalement à notre destination. Kuncho nous attend avec le jeep, nous prenons une route cahoteuse pour 1 heure jusqu’au lodge Gheralta. Wow, c’est un hôtel 5 étoiles. Le proprio nous a réservé la chambre familiale. D’ailleurs, nous apprenons que c’est ici que Georges W. Bush est resté lors de sa visite en Éthiopie. Ce sont des petits bungalows traditionnels faits en pierre avec un toit de terre et de foin, mais très luxueux.

 

Il est temps de se séparer de Peter. Nous parlons comme si de rien n’était, et je suis incapable de ne pas pleurer. C’est plus fort que moi. Je déteste ce moment précis où tu sais que dans quelques minutes ce sera fini, tu ne reverras plus jamais la personne. Je n’aime pas les départs. De me voir pleurer, toute ma famille se met à pleurer. Peter doit nous consoler toute la gang! Il sert les filles dans ses bras, les deux en même temps et leur dit : « N’oubliez jamais que vous avez de bons parents. » Wow! Nous pleurons de plus belle! C’est vraiment difficile de le laisser partir. Adieu Peter! Merci pour tout!

Nous avons juste le temps de déposer nos bagages, que c’est déjà l’heure du dîner. Tous les clients mangent en même temps, malgré que ce soit un buffet. Le repas est délicieux. Ce sont des pâtes comme à la maison.

Nous avons un petit deux heures pour nous reposer, car nous quittons à 15h00 pour aller faire une randonné. Nous allons monter le Abuna Yemata Guh, dans la chaîne du Gheralta.  Abuna Yemata est une église rupestre creusée dans le roc à flanc de montagne, 5 siècle AD. Elle est considérée comme l’une des églises les plus difficiles d’accès au monde,  »The church in the sky », car elle a une élévation de 2580 mètre d’altitude, incluant de l’escalade!

Kuncho, nous présente, Aminé, notre guide local pour réaliser cette ascension.  Il est très calme et rassurant, car il fait se circuit pratiquement à tout les jours avec des groupe de touristes.  Il est toutefois, difficile de s’attacher avec lui, car nous avons encore le cœur gros du départ de Peter. Je vous présente Aminé:

Nous arrivons sur le site et nous voyons 6 autobus de stationnés. Nous regardons la montagne et elle est envahie par des locaux. Nous voyons le parcours facilement, car tout le monde porte un foulard blanc et cela fait un tracé de blanc dans la montagne. Comme nous sommes en fin de journée, le groupe est sur leur chemin du retour. Heureusement.

Les premières 45 minutes se font relativement bien, car la pente n’est pas trop abrupte. Et tout d’un coup, le degré de difficulté s’accentue. Il faut commencer à utiliser ses mains pour gravir la montagne. J’ai mes premiers doutes. Finalement, le guide me convainc de poursuivre. « No problem! »

Nous arrivons au mur d’escalade. Et oui, il faut escalader une section d’environ 10 mètres. Arrivé à ce point, il y a encore des jeunes femmes qui descendent avec leur robe. Elles sont aidées par des hommes positionnés dans différentes sections du parcours. C’est incroyable qu’elles soient capables de faire ça avec leur robe. Nous regardons la scène, et nous avons notre deuxième appréhension. L’organisation semble très broche à foin et dangereuse.

Heureusement que Steve avait demandé d’avoir un harnais et une corde d’escalade pour sécuriser le tout. Reste qu’il faut tout de même escalader. Après plusieurs minutes de discussion avec ma gang et le guide, Aminé, je décide que ma rando se termine ici.  Je me trouve tout de même un beau spot pour admirer la superbe vue sur la vallée.

Steve et les filles veulent continuer. Nous laissons les dernières étudiantes descendre, car nous ne pouvons imaginer partager cette section avec d’autres gens dans le sens inverse. Je laisse Steve vous décrire ce qu’ils ont vécu.  Nous devons gravir le reste du chemin pieds nus, pour que les orteils s’accrochent mieux au rocher. Nous enlevons nos souliers et c’est Sophie qui est la première à attaquer le mur. Elle fait ça comme une championne, car elle défie sa peur des hauteurs. Audrey et moi suivons.  Notre guide, aidé par plusieurs autres guides accroché à la falaise, nous donne de bons conseils et nous réussissons cette étape critique.

Une fois le mur escaladé, il faut continuer l’ascension sur un parcours assez technique où il faut utiliser ses mains. Je considère que cette section est plus difficile que l’escalade, car il n’y a plus les hommes qui aident pour nous dire où mettre les mains et les pieds et elle se fait sans corde. De chaque côté, c’est la falaise avec une descente d’une centaine de mètres. L’adrénaline est dans le piton!

Nous arrivons dans le dernier droit. Les deux dernières minutes sont encore plus stressantes, car tu arrives sur une crête qu’il faut franchir. Tu marches en équilibre au bord du précipice de 200m. Le sentier n’a qu’un mètre de largeur. Le guide nous dit de ne pas regarder en bas et de nous concentrer. Facile à dire, mais pas toujours facile à faire!

Enfin, nous arrivons sur le flanc de montagne que nous devons contourner afin d’entrer dans la grotte qu’est l’église. Nous sommes les derniers arrivés et nous avons une visite privée avec le prêtre.

À l’intérieur, les fresques sont magnifiques et bien préservées.  Il y a plusieurs scènes bibliques.

 

La visite est terminée et il faut redescendre. Le prêtre ferme à clé la porte de l’église et redescend avec nous.  Quelques petites photos avant de partir pour immortaliser ce moment!

La prise de vue est à couper le souffle, mais il faut vraiment avoir des nerfs d’acier ou bien oublier la raison pour un moment pour faire cette ascension. Sophie et moi sommes gonflés d’adrénaline tandis qu’Audrey, elle, s’amuse sur le bord du ravin à discuter avec le prêtre. Elle veut même descendre et remonter pour prendre des photos.  À notre grande surprise, la descente se fait tout même mieux que nous l’anticipions.

Nous rejoignons Stéphanie sur le premier plateau. Nous fermons la marche avec les guides et les hommes qui aidaient. Wow, quelle randonnée et que d’émotions!

Nous arrivons au lodge vers 18h30 et assistons au magnifique coucher de soleil. Nous prenons nos douches bien méritées et allons souper vers 20h00. Encore une fois, le buffet est excellent. Nous regagnons notre chambre et avons l’impression d’avoir vécu deux jours dans un! Épuisés, nous nous endormons dans un lit douillet.

Catégories : Éthiopie

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