Jour 15

Lundi 4 mars
Il a plu toute la nuit, ce matin l’air est frais. C’est la grasse matinée, nous quittons à 8h45!

Nous devons conduire 60 km de route de brousse pour arriver dans le territoire de la tribu des Karos. Les Karos sont très peu nombreux, seulement 4500 individus. Ils sont très similaires aux Hamer (langue, traditions, dont le bull jumping), mais sont les spécialistes des peintures corporelles d’où leur surnom les hommes Zèbres.  Ils pratiquent également un étrange rituel sur les enfants considérés comme étant impurs, les Mingi, ce qui explique leurs nombres peu élevés. Les raisons d’être déclarés impurs comprennent la naissance hors mariage, naître jumeaux, l’éruption de dents dans la mâchoire supérieure avant la mâchoire inférieure, l’ébrèchement d’une dent pendant l’enfance ou un handicap majeur. Si la femme met au monde un enfant Mingi, elle va devoir abandonner son bébé dans la forêt jusqu’à sa mort ou le jeter dans la rivière. Sinon, ces enfants apporteront la malédiction au village. Imaginez!

C’est jour de marché à Turmi, donc tout le monde converge vers le village. Sur la route, nous croisons plusieurs femmes Hamer qui s’y rendent. Elles sortent de la savane, en plein milieu de nulle part, pour rejoindre la route. Habillées avec des peaux de vache, les seins nus et la chevelure tressée de glaise. C’est très spécial de voir ça. Sur notre chemin, nous arrêtons prendre quelques photos de ses femmes.

Après 2 heures de route, nous arrivons dans le village principal de la tribu Karos. Nous prenons un guide local, Zeno, et nous partons visiter le dernier village. Il s’assoit en avant. Sophie et Audrey s’installent en arrière avec nous. Nous apprenons que Zeno est un enfant Mingi qui a été sauvé par un bon citoyen qui passait par hasard sur la route. Il a été éduqué par cet homme, en ville, et aujourd’hui il est retourné dans son village et tente d’éduquer les gens de ne plus pratiquer ce rituel. Avec l’un de ses amis, ils ont un orphelinat à Jinka où 52 enfants Mingi y vivent. Zéno parcourt les sentiers le jour, et s’il trouve des enfants, il les récupère et les apporte à l’orphelinat de Jinka. Pour en savoir plus sur le sujet, tapez « Omo Child » dans Google, il y a des reportages complets  www.omochildren.info/

Il y a 450 personnes qui habitent le village où nous nous rendons. Peu de touristes s’y rendent, car il faut ajouter 17 km pour atteindre cette localité. Il faut aussi emprunter une route hors-piste. Nous roulons en moyenne à 10 km/h.

En chemin, nous voyons de très beaux oiseaux dont le ethiopian Von Der Decken’s Hornbill et le Guêpier carmin (Northern and Southern carmine bee-eater). Ils chassent les sauterelles volantes. Ces sauterelles sont rouges et très grosses. Nous disons, en blague, qu’il ne faudrait pas qu’une d’entre elles entre dans la voiture, sinon nous ferions une crise cardiaque. Et bien, imaginez-vous donc que Sophie ouvre sa fenêtre et hop, elle en reçoit une en plein front. La sauterelle rebondit dans la voiture. Sophie crie de toutes ses forces et s’assoit sur nous. Solomon met les freins et n’a aucune idée de ce qui vient de se passer. Nous lui expliquons la scène et notre guide Zeno vient en arrière à notre rescousse et attrape la bête. Nous sommes sauvés! Ah!Ah!Ah!

Nous arrivons au village. Encore une fois, nous sommes entourés d’enfants. Ils sont pratiquement tous nus. Les Karos sont reconnus pour leur maquillage, toutefois, il n’y a personne de maquillé. Nous sommes un peu déçus, mais le guide nous explique que les Karos se maquillent seulement pour les grands événements.

Nous visitons le village et partageons un bon moment avec eux. Ils aiment se faire photographier et ne demandent pas d’argent. Ce qu’ils aiment le plus, c’est se regarder dans la caméra. Ils n’ont pas de miroir, donc ils sont tous surpris de voir à quoi ils ressemblent.

Notre guide nous explique leur mode de vie. Pour marier une femme, il faut payer 127 chèvres à la famille de la fille. Le paiement doit se faire dans l’année qui suit et seulement si elle a un enfant. Si la femme est infertile, l’homme ne paiera rien. L’homme a également le droit d’avoir plusieurs femmes.

À l’entré du village, nous assistons au broyage du maïs pour faire une sorte de galette et un pouding pour les enfants. Leurs huttes sont mieux construites, plus grandes et plus hautes, mais la porte est toujours aussi petite. Nous avons la chance d’être invité à prendre le thé avec une famille. Il fait vraiment chaud là-dedans, nous sommes perlés de sueur dans le visage et le cou. La femme s’appelle Gado. Elle est très honorée par notre visite. Eux aussi boivent un thé fait à partir de la coquille qui recouvre le grain de café. L’eau est aussi brune qu’hier et nous utilisons le même stratagème. Pas question d’être malades!

Nous faisons nos salutations à tout le monde et partons. Nous avons bien aimé ce village. Les gens étaient authentiques et vraiment accueillants.

Il faut une heure pour retourner au village initial. Celui-ci est une réelle trappe à touristes. Les gens sont tous maquillés et prennent la pose. Ils nous disent tous : « photo, photo, photo ». Pour chaque photo, il faut payer 5 birrs. C’est notre guide local qui gère la scène et distribue l’argent afin de rendre ça plus agréable. Reste que l’expérience nous donne un goût amer. Une chance que nous sommes allés dans l’autre village moins touristique avant.

Durant cette galère, Sophie se fait un nouvel ami : Bangko. Un petit garçon d’environ 2 ans. Il la suit partout et il est très mignon. Il est environ 14h et nous avons faim. Nous allons prendre une petite collation au « dépanneur-restaurant » du village. Il y a une table et 4 chaises en plastique aux côtés d’une hutte. Drôle de hasard, la propriétaire est la mère de Bangko. Elle nous sert du Coke et des patates sur du pain injera. Petit détail, il y a un peu de grains de sable dans le pain, mais comme nous avons très faim, nous mangeons et c’est quand même bon.

Nous retournons sur notre chemin vers Turmi. En chemin, nous arrêtons prendre une photo de chèvres qui sont accrochées à une paroi rocheuse. La scène est coquette. Nous ne sortons même pas de la voiture. Toutefois, le gardien des chèvres, un Hamer, nous voit prendre une photo et décide de venir nous voir. Mais sur son chemin, il attrape un grosse roche et veut nous la tirer, car nous avons pris une photo de ses bêtes. Franchement! Notre guide tente de le raisonner, mais il ne parle pas l’amharique. Il veut de l’argent en échange de la photo. Solomon négocie avec lui, mais il n’y a rien à faire. Nous n’avons plus de petites coupures (5 ou 10 birrs). Nous lui donnons 2 grosses bouteilles d’eau, mais il nous menace encore avec sa roche. Il est assez épeurant. Il y a deux jeunes avec lui qui semblent essayer de le raisonner, mais il ne veut pas nous laisser partir et se place devant le camion avec sa main dans les airs, prêt à nous lancer sa roche! Finalement, après plusieurs tentatives de négociation, Solomon abdique et lui donne 100 birrs (5$). Il nous laisse partir. Ouf, une expérience pas super plaisante. C’est là que nous comprenons que nous sommes en plein milieu de nulle part, qu’il n’y a pas de lois et que les gens des tribus peuvent être assez primitifs. (Malheureusement, je n’ai pas pris de photos de cet homme. Nous tenions à notre vie quand même!)

Nous arrivons à Turmi et visitons le marché local. C’est la fin de la journée, donc il n’y a pas beaucoup d’action, ni beaucoup de kiosques. Toutefois, il y a encore des femmes Hamer vêtues de peaux de vache qui achètent des produits pour leur village.

Il est 16h30 et nous quittons en direction de Jinka. C’est là que nous apprenons que nous avons un autre 217 km à faire. À plusieurs endroits sur la route dans le Sud de l’Éthiopie, plusieurs enfants bloquent la rue en dansant, dans le but que nous arrêtions et leur donnions de l’argent. Ils font la « split », ils sont bien drôles, mais nous n’arrêtons pas. Parfois, Solomon leur donne des bananes ou des bouteilles d’eau. Cette fois-ci la scène est unique, des enfants maquillés en zèbre se tenant debout sur des échasses nous bloquent le chemin. Ils sont trop beaux et nous débarquons les prendre en photos en échange d’un peu de sous. Ce n’est pas l’idéal de payer les enfants, car cela peut les motiver à ne pas aller à l’école. Par contre, ceux-ci ont vraiment fait des efforts et pour nous, impossible de ne pas nous arrêter.

Nous arrivons à 19h00 au Eco Omo Lodge  www.eco-omo.com/. C’est super beau! Le lodge est bien aménagé et rempli de fleurs. C’est le lodge le plus chic de la ville! Nous avons droit au bungalow familial à deux étages.

Nous sommes un peu faibles, car nous n’avons pas encore dîné! Nous nous dépêchons d’aller souper. Le propriétaire est Italien et le repas est très bon. Nous sommes épuisés. Nos pieds sont tellement sales après une journée comme celle-ci. Nous prenons une bonne douche et allons-nous coucher dans notre petit nid douillet.

Catégories : Éthiopie

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