Jour 16

Mardi 5 mars
Encore un autre réveil tôt, car il faut partir à 8h ce matin. Nous prenons un déjeuner de roi. Solomon vient nous chercher et nous quittons en direction du parc national de Mago, c’est là que vit la tribu des Mursi.

Les Mursi sont reconnus par le disque d’argile labial que porte les femmes. Ceux-ci peuvent mesurer jusqu’à 12 cm de diamètre. Ils sont insérés dans une incision entre la lèvre inférieure et la mâchoire. Également, les femmes se font enlever quatre dents sur le devant de la mâchoire inférieure (deux pour les hommes). Solomon nous explique que les hommes ont débuté ces traditions pour empêcher leurs femmes d’être enlevées et vendues comme esclave. Elles ont également d’énormes trous dans les lobes d’oreilles (stretch). Et en plus, pour être coquettes, elles se font des tatous avec la technique des scarifications (comme les hommes Dassanetch).

Nous arrivons sur leur territoire. Les gens sont vêtus de tuniques bleues. Nous apercevons leurs huttes de paille. Toutefois, les femmes ne portent pas les disques labiaux, mais nous voyons leurs lèvres pendre. Ce n’est pas très joli.

Solomon nous arrête au premier village. Comme hier, c’est le village de type trappe à touristes. Nous les voyons arborer leurs déguisements pour les photos! Nous décidons de continuer notre route pour trouver un village plus authentique. Sur le chemin, nous croisons des gens qui prennent la pause pour les photos. Ils sont bien rigolos et bien costumés. Nous arrêtons les saluer.

En jeep, nous arrivons au sommet d’une colline où il y a un village. Nous y arrêtons. C’est là que nous constatons que les femmes ne portent vraiment plus le disque, mais elles ont pratiquement toute l’incision. Je crois que c’est une tendance qui va s’estomper. Les femmes le portent pour les touristes et les plus jeunes n’ont pas envie de se faire mutiler.

Nous négocions notre visite sur les lieux avec le chef du village. Il accepte et nous allons à leur rencontre. En moins de 2 minutes, elles sont là à vouloir nous vendre leurs disques labiaux en argile. Nous sommes entourés et elles sont bien insistantes. Nous regardons la marchandise et choisissons quelques pièces. Nous essayons de négocier, mais Solomon trouve que leurs prix sont beaucoup trop élevés et nous dit que nous aurons un meilleur prix dans un autre village. Nous acceptons de partir, car l’ambiance n’est pas superbe. Nous n’arrivons pas à partager quoi que ce soit, elles veulent seulement nous vendre leurs disques et nous sommes envahis de partout.

Finalement, comme nous voulons voir des femmes portant le plateau labial, nous retournons au premier village. Même principe qu’hier, il faut payer pour chaque photo, directement à la personne. C’est Solomon qui se charge de régler le tout. Cette fois-ci, nous savons un peu comment ça fonctionne. Nous prenons notre temps et choisissons les gens qui sont le mieux « costumés ». C’est drôle à dire, mais c’est presque ça. Si les gens veulent faire de l’argent, ils doivent se faire photographier. Et s’ils veulent se faire photographier, ils doivent être plus originaux que les autres. Il y a donc des gens qui portent des cornes et cela n’a rien à voir avec leurs coutumes traditionnelles. Nous nous faisons beaucoup harceler : « Photo, photo, photo! » Même les enfants se costument pour faire de l’argent. Ce n’est pas vraiment l’expérience que nous recherchions. Nous prenons tout de même quelques photos, car nous sommes venus de loin pour les rencontrer. Avant de partir, nous leur achetons des disques d’argile. Ce n’est pas facile, car chaque personne veut que nous achetions leurs disques et nous les mettent dans les mains. Nous réussissons à nous sortir de ce fouillis, et Solomon est un peu découragé d’avoir eu à négocier avec autant de difficulté. Nous repartons à Jinka pour aller dîner.

Nous quittons à 13h30 pour retourner à Arba Minch à 217 km de route. Nous arrêtons au lave-auto naturel. Il s’agit d’une gang de gars qui lavent le camion dans la rivière avec des chaudières, du savon et des serviettes! Les filles se font envoyer des bisous par les laveurs de camion!

Nous sommes pratiquement rendus à Konso, lorsque nous voyons un ciel noir se dessiner dans la montagne. Solomon nous dit qu’il va y avoir un orage. Oui, facile à deviner! Nous nous dirigeons directement dans la tempête. En moins de 15 minutes, nous sommes frappés par son intensité. Nous comprenons maintenant pourquoi l’eau des rivières et des lacs que nous avons vus étaient brune. Comme il n’y a pas de système d’irrigation, il y a beaucoup de sédiments qui sont transportés dans les cours d’eau qui deviennent des torrents. La pluie est très forte. Les jeunes sortent dehors et courent nus pour prendre une douche. Solomon dit qu’ils sont heureux, car ça fait longtemps qu’il a plu.

Nous arrivons dans un tournant et apercevons un poteau électrique tombé en plein milieu du chemin. Merde! Ça vient tout juste de se produire, car nous sommes les deuxièmes à arriver sur l’incident. La route est complètement barrée. Les gens sortent de leur voiture pour analyser la situation. Steve dit à Solomon qu’il n’y a pas de problème, car il n’y a sûrement plus d’électricité dans les câbles qui touchent le sol. Mais personne ne veut prendre de risque. Si nous devons attendre les réparateurs, ça risque d’être très long. Solomon nous propose de retourner à Konso pour dormir et refaire la route demain. Nous n’avons vraiment pas le goût, car cela nous ajouterait deux heures de plus. Nous préférons attendre encore un peu, car les autobus et les gros camions commencent à arriver et les chauffeurs sont moins patients que nous. Finalement, l’un d’entre eux sort avec une machette et décide de couper les fils. Comme Steve l’avait dit, il n’y avait plus d’électricité dans les câbles et nous pouvons continuer notre route. Une chance, car la scène n’aurait pas été très belle à voir!

Environ 100 mètres plus loin, un arbre est tombé sur la route, mais heureusement il ne bloque que la moitié du chemin. Nous pouvons donc poursuivre, mais nous sommes un peu stressés.

La pluie s’arrête enfin et nous arrivons à Arba Minch. Nous allons manger une pizza dans un petit restaurant local que Solomon connaît bien. Nous en apprenons un peu plus sur lui. Il nous explique son parcours de vie. Il est né dans une tribu et vivait dans une hutte. Ses parents sont morts quand il était jeune. À 14 ans, il est parti vivre en ville avec son frère. Ils ont vécu un peu dans la rue et buvait l’eau des rivières ou des trous d’eau. Il a déjà été pêcheur et il gagnait 1$ par mois. Il a été mécanicien pendant 3 ans. Aujourd’hui, il parle anglais et est guide. Il veut finir ses études en tourisme pour partir sa propre agence et acheté un 4 X 4. Comme quoi, quand on veut s’en sortir, tout est possible!

Il est 20h et Solomon nous reconduit à l’hôtel pour dormir une dernière nuit en Éthiopie.

Catégories : Éthiopie

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