Jour 4

Aujourd’hui, l’aventure commence. Fini les grandes villes. Ce soir, nous dormirons dans la maison d’une femme girafe, grâce à Clément, notre guide pour les deux prochains jours. Nous partons à 5 h 30 pour aller à la station de bus. Clément nous y attend et prend l’autobus avec nous à 7 h. Il est drôle, parle bien anglais et nous met tout de suite à l’aise, ce sera une belle expérience.

Pendant les 30 premières minutes, des séries de prières répétitives jouent à tue-tête dans les haut-parleurs. Les sièges de l’autobus sont durs et me font mal au dos. Les 5 heures de route sont longues. Heureusement qu’on nous présente 2 « excellents » films birmans pour nous distraire un peu.

Il est midi quand nous arrivons à Tangoo. Surprise no.1 : un chauffeur vient nous chercher, alors que nous pensions être seuls avec Clément. Surprise no.2: le chauffeur est avec sa femme et il n’y a que 5 places dans la voiture. On ne comprend pas trop comment nous allons faire le voyage… C’est là que la surprise no.3 arrive : le chauffeur et sa femme s’assoient dans la valise avec tous les bagages! Ben coup donc!

Clément ne semble pas très à l’aise dans sa conduite. Il nous emmène dîner au Mother’s House restaurant. Nous partageons les mets tous ensemble : canard, poulet, légumes et riz. C’est excellent. Nous sommes toujours surpris de la qualité des repas offerts dans des restaurants sur le bord de la route.

Il est 13h30 et c’est le temps de prendre la route. Nous allons aux toilettes qui sont situées à l’extérieur. Sophie réussit à se faufiler à travers les scooters stationnés, les trous, les ponts faits en planche, les égouts. Je l’encourage fortement à aller à la salle de bains, car on ne sait jamais où, quand et comment seront les prochaines toilettes!

Pendant ce temps, le guide décide de mettre tous nos bagages dans une toile et les installe sur le toit. Je pense qu’il veut se faire un peu de place dans la valise! Il nous donne un médicament contre le mal des transports. C’est un pansement rond qu’on se colle derrière l’oreille. On n’est jamais trop prudent! Nous avons quand même 7 heures de route à faire dans les montagnes.

Finalement, Clément décide de laisser son siège au chauffeur et prend sa place dans la valise. Le voyage se passe très bien, à part qu’il y a encore beaucoup trop de klaxons à notre goût! Chaque fois qu’on rencontre un scooter ou un véhicule qui ne roule pas vite, il faut lui indiquer avec 3-4 coups de klaxons qu’on va le dépasser. Donc, ça en fait beaucoup. Contrairement à la ville, il y a beaucoup de motos et peu de voitures. Il y a aussi beaucoup de trous sur la route, donc ça brasse. La route asphaltée est juste assez grande pour une voiture et les rebords sont inégaux. Il faut se tasser souvent quand on rencontre et on frôle presque l’autre véhicule.

Sur la route nous croisons une forêt de  »bettel nut ».  C’est très joli, il nous faut une petite photo de groupe!

Après 3 heures de route, le ventilateur du radiateur surchauffe. La fumée sort du capot : surprise no.4! Heureusement, nous sommes tout près d’une source d’eau et des seaux sont à la disposition. Nous ne sommes pas les seuls à s’y arrêter pour arroser le radiateur. Plusieurs camions font la même chose. Cela nous rassure. Ce qu’on ne sait pas encore, c’est que le problème sera récurrent et que nous devrons refaire ce processus 3 autres fois. Cela ralentit énormément notre vitesse de croisière.

Un des endroits où nous arrêtons pour l’arrosage en règle se révèle être un endroit paradisiaque. Un coucher de soleil extraordinaire nous sourit : surprise no. 5. Malheureusement, cela est suivi par la surprise no.6 : quand nous rembarquons dans la voiture, il fait déjà noir et une gigantesque araignée de type tarentule sans poil passe entre les jambes de Steve sur le plancher arrière de la voiture. Il dit aux filles de ne pas bouger… facile à dire. On se dépêche de sortir et on crie à Clément de venir nous aider. Steve ne sait pas si elle est venimeuse, alors il s’abstient de la prendre dans ses mains. Je la vois et je ne la quitte pas des yeux. L’important est de ne pas la perdre de vue! Surtout pas! Et c’est là que les surprises no.7 et no.8 surviennent une après l’autre : nous la perdons de vue ET nous ne la retrouverons pas. Sous nos regards effrayés, le chauffeur et Clément ont beau vidé toute la voiture, virer les sièges à l’envers, sortir le pneu de secours, lever les tapis : plus de trace de la bête! Nous sommes au milieu de nulle part. On n’a pas d’autres options. Il faut prendre notre courage à deux mains et reprendre place dans la noirceur de la voiture. Il faut se dire qu’elle a sûrement peur de nous et qu’elle ne reviendra pas. Malgré tout, nous n’osons plus bouger de peur de toucher l’araignée. Nos bouteilles d’eau qui sont à nos pieds, restent à nos pieds!

La fatigue commence à nous gagner. La route semble interminable. Nos yeux se ferment doucement. Le décalage horaire nous fait dormir un peu. Nous oublions l’araignée.

Il est 21h quand nous arrêtons souper. La civilisation se fait rare, nous sommes contents de trouver un restaurant. Il fait froid et on demande à notre guide de descendre les bagages pour qu’on puisse prendre nos chandails chauds. Nous allons aux toilettes, qui sont encore trop loin. Pour Sophie, c’est presque toujours une course à obstacles!

Après un bon repas, nous repartons pour un autre 2 heures de route. Le chauffeur et Clément ont acheté une chaudière sur la route. Ils ont également rempli plusieurs bouteilles avec de l’eau : nous sommes donc auto-suffisants!

La conduite de nuit n’est pas évidente : aucune pancarte, aucune ligne sur la route. On rencontre des buffles sur le bord du chemin. Bref, nous sommes tellement fatigués que nous nous rendormons et essayons de ne pas trop penser à tout ça!

On finit par arriver à notre destination finale : la maison sur pilotis d’une femme au long cou. La noirceur est totale. Pas d’électricité. Nous avons l’impression d’être dans un champ. Clément va cogner à la porte et la propriétaire nous laisse entrer. Il faut monter l’escalier-échelle. Pas facile pour Sophie, mais elle n’est pas à un défi près. Surtout, après 15 heures de route.

Maria habite avec une de ses filles, Santa. Elles préparent un thé sur le feu qui brûle déjà. Une forte odeur de fumée remplit la maison. Il fait froid et humide à l’intérieur.

Nous comprenons rapidement que nous dormirons par terre, directement sur les planches de bois. Même si nous nous en doutions, cela se révèle quand même être la surprise no. 9. On nous donne chacun 2 grosses couvertures. Nous allons aux toilettes dans la petite cabane dehors. Sophie s’abstient, car la tâche est beaucoup plus ardue pour elle. C’est un trou et elle ne peut pas se tenir sur sa jambe blessée, donc elle ne peut pas s’accroupir. Nous gérerons ça demain matin!

Il est minuit, nous ne sommes maintenant plus fatigués, mais il est quand même temps de dormir. Il fait froid et nous gardons tous nos vêtements, sauf notre manteau. Nous avons apporté nos petits sacs de couchage en coton et les utilisons. Nous nous allongeons sur le plancher. La douleur au dos est assez instantanée. Les filles n’en font pas trop de cas, mais pour les parents, c’est plus difficile.

Nous éteignons nos lampes frontales et fermons nos yeux. Nous pensons tous à la même chose : « Heureusement qu’il est tard, le supplice ne durera pas trop longtemps! »

Catégories : Myanmar

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