Jour 5

La nuit froide dans l’odeur de fumée a été plutôt difficile. Nous avons gelé malgré les couvertures chaudes. Nous les avons même mises sur notre tête toute la nuit, cela nous empêchait de respirer la fumée et nous protégeait du froid. Avec toute cette boucane, nous n’avons pas vu de moustiques!

Il est environ 6:00 quand la vie DANS et SOUS la maison commence. On a hâte de voir où nous sommes et avec qui exactement! On entend des cochons, des poussins, des coqs. On se croirait à la basse-cour. Les cochons sont sous la maison et les poules avec leurs poussins se promènent tout autour.

Santa a fait un feu à l’extérieur. Les voisins et leurs enfants viennent s’y réchauffer.  On apprend que ce sont tous des membres de la même famille.

Voici Maria, elle a 75 ans et elle vit avec ses enfants et ses petits-enfants.  Ils habitent tous dans les maisons autour de la sienne. Au total,  ils sont 45 personnes.

La lumière du matin est superbe. En sortant dehors, nous constatons que nous sommes dans un tout petit village: Salong Kana. Nous voyons les montagnes au loin, la terre est orangée et de la fumée enveloppe l’atmosphère paisible. Nous retrouvons notre chauffeur et sa femme. Ils ont dormi dans l’auto. Avec ou sans l’araignée… on ne le saura jamais!

Avant de déjeuner, nous partons faire une première visite avec Clément pour rencontrer les gens. C’est encore un exploit pour Sophie de se promener dans les champs. Clément la porte un peu sur son dos pour traverser les grandes distances. En chemin, nous arrêtons acheter plusieurs bouteilles d’huile de soya pour remettre aux gens en guise de présent pour leur hospitalité.

Nous quittons la petite boutique et nous croisons une femme girafe qui laboure son champ. Clément lui explique notre visite et elle nous invite chez elle rapidement. Juste avant de la suivre, nous essayons la technique de la bêche pour l’aider un peu dans sa tâche quotidienne. Nous arrivons chez elle. Elle nous présente sa maison et nous offre le déjeuner. Poliment, nous goûtons le poulet froid avec quelques nouilles chaudes dans un bouillon fade. Clément s’empresse de finir l’assiette que nous laissons peut-être trop pleine à son goût.  Elle nous offre son vin de riz et millet, servi dans un pot en grès noir. D’ailleurs, elles sont toutes très fières de leur recette de vin. Le vin est un breuvage quotidien pour eux. Même les enfants en boivent. Le riz et le mélange de millet sont déposés dans de gros barils en grès afin d’y être fermentés. Ensuite, elles viennent prendre une portion de ce mélange solide qu’elle dépose dans un plus petit pot de grès. Avant de le servir, elles y versent de l’eau chaude. L’eau prend le goût de ce mélange de riz et millet et devient du vin chaud. Elles glissent une paille en bois et on siphonne le contenu. Ça goûte le vin chaud du Carnaval de Québec.

Elle nous parle de sa vie et comment la nouvelle génération est paresseuse. Les filles se regardent et nous disent : « Si elle trouve qu’ils sont paresseux ici, imagine ce qu’elle penserait des jeunes chez nous! »

C’est là que nous constatons que notre guide est très familier avec les gens de ce village. Il nous dit que c’est comme sa deuxième famille et ça paraît. Tout le monde l’aime. Il est souriant, drôle, attentionné envers tout le monde. Nous sommes chanceux de l’avoir trouvé.

Nous repartons de la maison de Pi Pohl, le cœur heureux. Quelle belle rencontre!

Il est temps de déjeuner. Nous nous rendons dans la pièce où nous avons dormi. Elle veut que nous nous asseyions sur des bancs qui ne sont presque pas plus hauts que le plancher. Nous préférons nous asseoir par terre, par manque de souplesse. Sur la petite table, elle dispose des plats que nous partageons avec notre guide : riz, légumes et morceaux de poulet sans poulet! Elle nous sert du thé dans des tasses de plastique un ti-peu sales et nous en buvons du bout des lèvres. C’est quand même très bon. Ah, oui, ici aussi on doit goûter à sa recette de vin de riz.

Les filles jouent avec les enfants dehors. Elles leur font chanter l’ABC en anglais. Certains la connaissent un peu. Nous leur présentons des photos de chez nous et leur parlons du Canada. Nous pouvons communiquer avec eux grâce à Clément et cela fait un échange plus intéressant que si nous étions seuls. Les gens ne parlent pas du tout l’anglais. Nous en profitons pour donner aux enfants des jouets, des boites à bijoux et des vêtements chauds que nous avons apportés. Ils sont vraiment heureux. Clément nous dit qu’ils les porteront pour aller à l’église dimanche.

Nous repartons nous promener. En route, nous croisons une autre famille. Nous parlons avec eux et la dame nous invite chez eux plus tard.  Nous en profitons pour leur remettre une bouteille d’huile.

Nous repartons visiter d’autres maisons. Clément est toujours très à l’aise pour s’inviter chez les gens. Il entre comme si c’était chez lui!

Nous rencontrons Bi May, 60 ans, joueuse de guitare. Elle nous pousse même une chansonnette.

Elle a quelques bracelets en laiton sur son balcon qu’elle peut vendre. Sophie en choisit un pour 5$. Évidemment, elle veut absolument nous faire goûter son vin de riz. Clément insiste beaucoup pour que nous y goûtions. Chacun notre tour, nous mettons notre bouche sur la paille en bois et prenons une petite gorgée. Elle nous fait visiter sa maison.  Nous lui montrons des photos de la neige et échangeons longtemps avec elle. Heureusement que Clément connaît leur langue, car elle est différente du Birman.

Ensuite, nous allons dans un champ où les femmes tissent des toitures avec de longues feuilles. Pi Tyan, une des femmes girafes, propose à Audrey de prendre sa place. Elle nous explique qu’elles doivent remplacer le toit aux 4 ans. Clément l’essaye à son tour, mais en s’assoyant, il casse la planche sur laquelle elle s’installe pour travailler. Tout le monde rit!

C’est l’heure de partir, mais Pi Tyan ne peut s’empêcher de nous offrir du vin. Toujours dans un pot en grès, toujours avec la même paille pour tout le monde! C’est gênant de toujours dire non, alors on reprend une gorgée.

Sophie est fatiguée et nous repartons. On la porte tous un peu sur notre dos pour lui permettre de sauver des pas. Les béquilles, ce n’est pas fait pour faire de longues randonnées! Il ne faut pas trop exagérer.

On revient à la maison. Clément nous indique que le chauffeur est parti reconduire sa femme et reviendra vers midi. Drôle de décision. Évidemment, à midi, il n’est pas là. Nous nous reposons en l’attendant. Clément nous demande si nous voulons retourner voir d’autres gens du village, mais nous sommes très satisfaits de notre journée et préférons profiter de notre hôtesse Maria chez qui nous avons passé la nuit.

Il est 14h00 et notre voiture arrive. Nous faisons nos adieux, le cœur gros. Maria prend la peine de nous saluer chacun notre tour. Elle nous tient la main et nous souhaite du bonheur et une longue vie. Elle nous dit qu’elle est très heureuse d’avoir eu la chance de nous avoir dans sa maison. C’est très solennel et je verse quelques larmes. Malgré leur condition de base, ils sont heureux, souriants et généreux. Leur bonheur est contagieux et c’est là que je me dis que le bonheur n’est définitivement pas monétaire.

Nous prenons le temps d’aller faire nos adieux aux gens qui sont dehors, à la maison d’à côté. Encore une fois, les émotions sont au rendez-vous. Toute une belle gang qui vivent ensemble et qui s’entraident. Ils sont beaux à voir. Ils rient de bon cœur.

Nous reprenons la route le sourire aux lèvres et surtout, conscients de la chance que nous avons de les avoir rencontrés.

En chemin, nous croisons un très beau temple perché sur une colline.  Nous arrêtons prendre une photo et reprenons notre chemin.

Nous arrivons au village de Deemawsoe (Demoso) et arrêtons à une célébration d’ordination de prêtres. C’est une grosse fête pour le village qui est catholique. Fanfare, chants et danses traditionnelles sont au rendez-vous. On constate rapidement que nous devenons l’attraction de la fête. Tout le monde nous regarde et les gens veulent venir nous parler ou nous prendre en photo. Clément nous présente à plein de gens qu’il connaît, même au frère du futur prêtre. Il est très fier de leur dire que nous venons du Canada. Il faut dire que cette région n’est ouverte aux touristes que depuis 2013, donc il reste encore beaucoup de Birmans qui n’ont jamais vu de gens de race blanche. D’ailleurs, ils nous trouvent très blancs et nous disent que nous ressemblons à des bébés chinois naissants! Rien de moins! Ils veulent nous serrer la main et sont tous heureux quand nous acceptons.

Plus loin, au bord du lac, nous apercevons un éléphant. Clément décide qu’on arrête le voir. Il paye pour que Sophie puisse le nourrir avec un melon d’eau. Ensuite, il lui demande si elle veut un bisou d’éléphant. Sophie accepte sans trop savoir à quoi s’attendre. L’éléphant s’avance et lui offre un énorme bec gluant avec sa trompe, comme si on lui aspirait la joue. Malgré sa joue boueuse et dégoulinante, ce baiser vient de faire sa journée. Clément lui offre quelques sous pour donner à l’éléphant. Elle tend l’argent vers sa trompe, qui lui, le prend et le redonne à son cornac. Pour la remercier, l’éléphant lui fait une belle danse de révérences. Sophie est aux anges!

C’est l’heure de souper et nous prenons notre dernier repas avec Clément et le chauffeur. On rit beaucoup, il est tellement drôle. Les morceaux de poulet sans poulet, lui, il les mange! Après le souper, ils nous déposent dans un hôtel et nous saluent pour une dernière fois. Merci Clément pour cette expérience inoubliable!

Catégories : Myanmar

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