Jour 14

Dimanche 3 mars
Le lever de soleil est magnifique. Après un bon déjeuner, nous quittons notre lodge à 8h en direction de Turmi. Aujourd’hui, nous avons 500 km à faire. C’est une grosse journée de route qui nous attend et nous irons rencontrer 3 tribus.

En chemin, nous allons visiter une tribu traditionnelle Konzo, en dehors du circuit de base, comme nous l’avions demandé à Solomon. Aussitôt que nous arrêtons, nous sommes submergés d’enfants qui entourent notre jeep. C’est un peu intimidant de sortir de l’auto.

Les jeunes ont construit une brouette en bois et transportent un ami. Steve veut l’essayer! Il prend place à l’intérieur d’une brouette et un jeune tente d’avancer, mais il est incapable. C’est son père qui pousse Steve. Nous avons du plaisir à échanger ce moment avec eux. Et tout le monde rit.

Nous quittons la montagne pour arriver dans la vallée de l’Omo, le berceau de l’humanité. C’est ici que le vrai dépaysement débute. Il fait très chaud, environ 40C! C’est la savane et le paysage est complètement différent. C’est la vraie Afrique avec de grands arbres acacias et de beaux champs.

Solomon décide de prendre un ancien chemin. Peu de touristes empruntent ce chemin, car le pont de la rivière est tombé. Toutefois, comme nous ne sommes pas dans la saison des pluies, nous allons pouvoir passer dans le lit de la rivière asséchée.

En chemin, nous arrêtons visiter une autre tribu au hasard, les Tsemay. Ils ne sont que 15000 divisés dans de microvillages sur un vaste territoire. Nous ouvrons la porte du jeep et encore une fois, nous sommes envahis d’enfants et de femmes. Toutefois, celles-ci ne sont pas très accueillantes. Ils ne voient que très rarement des touristes et nous ne nous sentons pas les bienvenus. Solomon parle avec elles et nous dit que tout est correct. Mais notre sentiment reste le même. Nous tentons de les faire rire avec nos autocollants. Sophie en distribue quelques-uns, mais il n’y a pas grand-chose à faire. Ils ne veulent que de l’argent ou nos vêtements!! Nous décidons de repartir.

Un peu plus loin, nous arrivons sur le territoire des Hamer. Plus de 50000 habitants, ils sont reconnus pour leurs coiffures. Les femmes mélangent de l’ocre, de l’eau et une sorte de résine qu’elles appliquent sur leurs cheveux tressés. Elles portent des bracelets métalliques aux poignets et sur les bras, et des colliers faits de petites billes de couleurs. Si la femme est mariée, elle portera un gros collier métallique fabriqué sur mesure qui enveloppe son cou. Si elle est la deuxième épouse (polygame), elle portera deux colliers métalliques différents de la première épouse. Elles sont aussi habillées avec des peaux de vache ou de chèvre et ont les seins nus.

Nous arrêtons visiter une tribu Hamer que nous croisons sur notre chemin. Les femmes nous accueillent avec le sourire. Elles sont bien sympathiques. C’est notre premier choc culturel, car nous constatons qu’elles vivent comme les gens de la préhistoire. Pas d’électricité, peu d’eau, pas de plastique, elles sont en totale autarcie.

Nous continuons notre route jusqu’à Turmi, le territoire des Hamer. Petit village de 1000 habitants avec des routes de terre. Ça donne l’impression d’être dans un village du far west! C’est ici que nous dormirons. Nous arrivons à notre lodge (le Kiso hôtel) et nous dînons. Nous avons encore une hutte familiale bien aménagée. Reste que celle-ci est plus sommaire que celle d’hier.

Il est 14h00 et nous partons visiter la tribu des Dassanetch. Il y a plus de 100 000 Dassanetch éparpillés sur les rives de l’Omo entre le village des Omerate et le lac Turkana (frontière du Kenya). Ils sont des nomades qui suivent leurs bétails. Le gouvernement éthiopien tente de les rendre plus sédentaires en leur donnant des terres et en leur construisant des écoles. C’est la tribu la plus pauvre de l’Éthiopie. Ils se distinguent par leurs habitations mobiles, faites comme une tente ronde avec un toit de toile. Ils sont peu vêtus. Ils se font extraire les deux dents du bas afin de s’identifier à la tribu. Les femmes tressent également leurs cheveux en fonction du nombre d’enfants qu’elles ont. Une petite tresse pour un enfant, deux tresses pour deux, etc. Les hommes sont des guerriers et font souvent la guerre avec d’autres tribus qui les voisinent (raisons : vol de bétails ou pour agrandir leur territoire). Les hommes ont des marques sur le corps qu’on appelle des scarifications (style cicatrices boursouflées) pour expliquer le nombre d’ennemis tués afin de protéger leur village contre une autre tribu. À noter que les conflits ethniques sont monnaie courante et peuvent mener à des affrontements sanglants.

Nous arrivons à Omerate et prenons un guide local. Kedir Seid est un excellent guide. Il a travaillé pour la BBC et a fait des reportages sur la chasse aux crocodiles sur le lac Turkana. Il parle la langue des Dassanetch, car il est issu de cette ethnie.

Nous traversons la rivière Omo avec une embarcation traditionnelle (la pitoune)! Heureusement que la traversée ne prend que 5 minutes, car il fait très chaud et nous sommes en plein soleil. Notre guide nous explique que pratiquement tous les touristes vont visiter le premier village installé de l’autre côté de la rive. Mais Solomon nous réserve une surprise, car il a une très bonne relation avec une femme dans un village plus loin. Celle-ci a même prénommé son deuxième enfant Solomon, en son honneur.

Pendant que nous sommes dans notre pirogue artisanale, Solomon est parti au village acheter un sac énorme de coquilles de café. Ils font du thé à partir de la coquille qui enveloppe les grains de café. Nous attendons que Solomon revienne nous chercher. La chaleur est intense. Il fait au moins 42C et il est 15h30. Le vent qui souffle nous fait la même sensation qu’ouvrir une porte de four. Nous étouffons. Une chance que nous ne devons pas trop attendre Solomon, car en plus, nous avons laissé nos bouteilles d’eau dans le jeep. Nous le voyons arriver et repartons avec lui. Pendant ce temps, des gens travaillent dans les champs au gros soleil. Nous en serions incapables.

Nous arrivons à la frontière du Kenya et prenons un chemin improvisé totalement hors-piste. Nous arrivons finalement au village du petit Solomon.

Accueil incroyable! Tout le monde crie « Sol » en honneur de Solomon et court vers le véhicule. Encore une fois, le jeep est entouré de centaines de Dassanetch. Nous débarquons et faisons connaissance avec eux. Ils viennent tous nous donner la main. Ils sont intrigués par les broches dans la bouche d’Audrey. Les femmes ne comprennent pas pourquoi nous cachons nos seins sous un gilet. Notre guide leur explique que c’est ainsi dans notre culture.

Nous constatons que la distribution des coquilles de café est débutée. C’est un peu bordélique et les esprits commencent à s’échauffer. Et là, nous sommes témoins d’un début de bataille entre deux femmes. Elles se giflent et l’une d’entre elle prend un bâton. L’autre prend une grosse pierre dans ses mains. Les garçons rient de la scène, mais nous, nous rions moins! Nous nous éloignons. Nous comprenons rapidement que leur mode de vie est encore très primitif. Finalement, notre guide local doit intervenir et calmer la situation.

Quand nous nous retournons pour regarder le jeep, nous voyons plein de gens qui regardent leur reflet dans la vitre ou qui vérifie leurs dents dans les rétroviseurs. Ils n’ont pas la chance de se voir dans un miroir très souvent. C’est pourquoi, plusieurs d’entre eux aiment faire des « selfies » avec Audrey et Sophie. Ils peuvent regarder à quoi ils ressemblent.

Nous sommes invités à prendre le thé dans la hutte de la mère du petit Solomon. Nous entrons de peine et de misère, car il faut pratiquement ramper pour entrer tant la porte est petite. La chaleur est intense là-dedans, car il y a peu de place et la femme a fait un feu pour faire bouillir le thé. Nous profitons du moment avec elle, même si nous sommes tous en sueur. Elle nous offre le thé dans une grande calebasse coupée en deux. Nos guides nous disent que nous sommes obligés de boire pour ne pas offenser. Mais l’eau est brune et nous ne pouvons pas concevoir de boire ce magnifique breuvage! Nous faisons semblant et tout le monde est heureux!

Il est temps de quitter le village. Les gens viennent nous reconduire au jeep et nous envoient la main. C’est vraiment un moment magique que nous avons vécu.

Sur notre chemin, nous voyons la borne qui sépare trois frontières : Soudan du sud, Kenya et Éthiopie. Ça prend une photo officielle pour le prouver!

Encore un peu de route dans la roche et ensuite 72 km pour retourner au village, sur une belle route asphaltée! Ça fait du bien. Nous arrivons à Turmi et allons souper dans un autre lodge, soit le Buska Lodge. C’est un buffet. Nous ne sommes pas très fans! Nous mangeons une soupe aux tomates et des mangues, puis nous retournons à notre hôtel. Nous sommes crevés.

Catégories : Éthiopie

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